Rise
Stephane Chaudesaigues : La bête humaine
C’est la deuxième fois que tu participes au PTAF, comment as-tu perçu cette seconde édition ?
Je pense que l’élément de surprise n’y était plus, du fait de la première édition. J’ai l’impression que moins de « connaisseurs », malgré le plateau de fou, ont fait le déplacement. Il y a eu du monde quand même, mais plus de gens en balade que de réels fans de tattoo. Sur l’ambiance entre tatoueurs, il n’y a, comme l’année dernière, rien à redire, tout le monde était tranquille et là pour passer un bon moment. Pour ce qui est de l’endroit, c’est magnifique c’est vrai, mais d’un autre côté c’est une chose qui n’a pas vraiment d’importance, vu que ne nous n’avons pas le temps de profiter des jardins. De plus, il faisait une chaleur mortelle et les tatoueurs américains ont eu beaucoup de mal à le supporter. Il faudrait à mon avis, un endroit plus accessible, car lorsque tu arrives avec le métro et caisse de matos, et que tu dois encore te taper deux kilomètres à pied sur un chemin de terre (demande à Nikko), eh bien ça fait moyennement rigoler. Le centre de Paris serait à mon sens le top, quand à l’endroit, ça, je ne le sais pas.
Quelle a été ta contribution à cet événement ?
Ma contribution à cette convention a été simple, c’est la même que la précédente, j’ai fait venir : Andrea Afferni, Ben Viamontes, Miss Pic, Liorcifer, Tim Kern, Dan Marshall, James Kern, Nikko Hurtado, Shane O’Neill, Pedro Alvarez, Travis King, Victor et Caroline de Mad tattoo à Madrid et Tim Creed. Ce qui n’est déjà pas si mal non ? J’ai cependant le sentiment que cette contribution est un peu passée inaperçue, personne n’en a parlé, ni même souligné que j’avais aidé les organisateurs, à mon niveau certes, mais aidé quand même. Cela m’a pris un an pour les inviter, organiser leur séjour. Puis il a fallu les accompagner durant ces trois jours, les installer, traduire, enfin les aider du mieux possible. Ils sont pour la plupart restés travailler ensuite à la boutique pendant une semaine et nous avons passé un super moment entre visite et boulot.
Seras-tu présent sur la prochaine, qui aura lieu où et quand ?
Je ne sais pas si je serai présent à la prochaine pour la bonne et simple raison que je ne sais pas s’il y en aura une, et encore moins où elle va se passer. Maintenant, si elle se déroule dans notre magnifique capitale, qui a bien besoin qu’on y fasse bouger le tattoo, oui bien sûr, j’y serai.
J’ai remarqué un changement dans tes tatouages. Quelles modifications précisément y as-tu apporté ?
Oui en effet, j’ai fait effacer certains de mes vieux tatouages afin d’en réaliser d’autres qui me correspondent mieux aujourd’hui. En connaissant les résultats obtenus avec les nouveaux lasers, je me suis dit qu’il serait bien de pouvoir le faire dans les boutiques directement, puisque c’est là que les gens viennent en premier lieu pour se renseigner sur le détatouage. J’ai donc maintenant deux personnes qui s’occupent de cela dans mes magasins à Paris et à Avignon.
Quels furent tes rapports de voisinage avec Boog (entre autres…) ?
Mes rapports de voisinage ? Tout s’est super bien passé, avec Boog comme avec les autres. Boog est un tatoueur talentueux et quelqu’un de très gentil. Je suis admiratifs des lettrages qu’il fait. Mais à vrai dire, entre les gens que j’avais fait venir et mon propre boulot, je n’ai pas vu le temps passer… Si je peux rajouter un commentaire, j’aurais juste aimé dire que je suis resté consterné par le fait que si peu de gens connaissent des artistes tels que Kim Kern ou Shane O’Neill. Je ne sais même pas comment il est possible de ne pas les connaître et encore plus quand on fait partie du monde du tattoo (clients et tatoueurs confondus). Les magazines ou autres médias n’ont même pas parlé d’eux, ne se sont qu’a peine intéressés à leur travail. Alors, avis aux magazines : les tatoueurs français n’ont pas peur de voir autre chose, ils ont même envie et besoin de prendre une bonne bouffée de tatouage quand ils ouvrent un magazine. Et le monde du tatouage est grand et évolue très vite.
James Kern
No hope no fear tattoo art studio Portland USA
J’ai commence à tatouer en 1994 en autodidacte. J’ai monté No Hope No Fear à Chicago en 1999 avec mon frère Tim Kern, qu’il a quitté en 2002. Deux ans plus tard, j’ai déménagé à portland, et en 2006 j’y ai rouvert No Hope No Fear. Ce que je préfère sont les tattoos aux couleurs franches, et incroyablement détaillés, presque psychédéliques. J’aime appliquer des techniques réalistes à l’imagerie fantastique. « Il n’y a pas de chef-d’œuvre dans la paresse », selon les mots de Salvador Dali.
Peux-tu nous parler de ton expérience du Tattoo Art fest ? Quelles sont les différences majeures entre cette convention et des événements américains ?
Je ne suis jamais allé sur une convention qui soit aussi bien située qu’au Parc Floral. Les treize dernières années, j’ai travaillé dans près de cent événement. Aux Usa, ils se déroulent dans des hôtels, tout le monde est ainsi réunis, ce qui est un vrai avantage pour travailler, mais personne n’en profite. Je choisis maintenant les conv’ où je pourrai progresser et non juste travailler. C’est pour cela que je suis venu à Paris. Mon approche de la scène du tatouage français a été limitée, mais j’ai constaté la présence d’artistes extrêmement talentueux. Stéphane Chaudesaigues, dont je voyais les pièces dans les magazines US quand j’apprenais à tatouer, reste l’une de mes plus anciennes inspirations. Je crois que Stéphane a influencé la plupart des artistes qui réalisent aujourd’hui des portraits couleurs photoréalistes. Il a été le premier artiste à rompre avec les classiques outlines, dans le but d’obtenir un rendu plus proche d’une peinture que d’un tatouage. Tin-Tin est aussi un autre tatoueur fantastique. Il peut tatouer n’importe quoi.
Qu’est-ce qui t’a poussé à venir en France ?
Stéphane et sa femme Cécile nous on invités. C’étais une très bonne opportunité de revoir Stéphane et aussi de voir la crème de la création artistique, tant lors de la convention qu’à Paris même. J’ai donc passé une semaine à Paris, accompagné de mon amie Cynthia et de Tim Creed, tatoueur également.
Comment t’es-tu organisé pour préparer cette convention ? Trouves-tu des différences notables entre ton public français et ton public américain ?
J’ai pris mes rendez-vous via mon site web ( www.tattoomonster.com ) et aussi par MySpace. J’ai ainsi tatoué un client venant du Danemark, qui m’avait trouvé sur le site de Tattoo Art Fest. Je ne pense pas que le public était familier de mon travail, mais c’est courant, cela prend du temps de se faire connaître. La majorité du public américain ne connait rien de ce qui se fait en France. Ce fut aussi un parcours du combattant pour communiquer : Je ne parle que quelques mots de français. Cécile a beaucoup fait au niveau traduction pour nous aider. Elle a été fantastique. Je pense que les Américains ont du mal à comprendre l’attitude française et vice-versa. Nous considérons que le simple fait d’être décontracté suffit à être poli. Les Français ont besoin d’être plus formels dans ce cas-là. C’est juste une différence de pont de vue. En tentant de parler français, je me suis rendu compte que les gens essayaient vraiment de m’aider. Si je ne l’avais pas fait, cela aurait été très frustrant pour nous tous.
Quel impact penses-tu que ce genre d’événement peut avoir sur la scène française du tatouage ?
Le fait que des artistes issus de différents horions convergent vers le même endroit s’avère très bénéfique. Un échange d’idées se fait alors immédiatement, même si tu ne parles pas la même langue. L’art parle pour lui-même. Le simple fait d’observer des nouveautés délie l’imagination et de nouvelles techniques peuvent être échangées. Cela pousse à faire évoluer le tatouage.
Et son influence sur le public ?
Peut-être que cela permettra au Parisiens d’être plus au faîte et plus tolérants vis-à-vis de la culture et de l’art du tatouage. Il me semble qu’à Paris il est plus difficile de trouver un travail si tu es tatoué. Il y a toujours cette vision négative du tatouage. Dans de nombreux endroits aux Etats-Unis il existe la même mentalité. Il se trouve que les gens sont ouverts à Portland, c’est un contexte très libertaire.
Le tatouage et sa pratique tendent de plus en plus à se démocratiser et la compétition accrue semble être le lot de tous. Y trouves-tu ton compte ?
Le tatouage s’est popularisé de manière démesurée aux Etats-Unis et dans le monde entier. Ceci grâce ou à cause des shows télévisés portant sur ce thème. C’est positif tout comme négatif. Cette démocratisation du tatouage a favorisé la création de nombreux studios et le fait que beaucoup aujourd’hui veuillent devenir tatoueur. Un certain niveau de compétition est sain, mais trop ça crée des problèmes. Quand la qualité et le service ne sont pas au rendez-vous, et que l’hygiène en vient à ne plus être respectée, c’est extrêmement négatif. Il est essentiel que les artistes réalisent que le fait de prendre soin des clients tout en proposant un travail de qualité les fidélise de manière durable. En gardant cet état d’esprit, la compétition devient non avenue. L’aspect positif de cette généralisation fait que nombre de personne se tatouer aujourd’hui, et que des artistes talentueux prennent entre leurs mains une machine à tatouer, ce qui n’aurait jamais été le cas auparavant. Et un de ces artistes sera susceptible de révolutionner le tatouage, cela s’est déjà vu.
Tes projets ?
Retourner en Europe, j’ai toujours étudié l’art ainsi que l’architecture et l’Europe est un trésor de ce point de vue. Les Etats-Unis n’ont pas vraiment d’histoire. J’essaie de revenir au moins une fois par an. L’année dernière, j’étais présent à Londres, cette année à Paris. J’aimerais beaucoup revenir ici, tout comme aller à Barcelone ou Milan. Il y a tant de lieux que j’aimerais visiter.
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